Les exilés de la crise espagnole se mobilisent pour défendre leurs droits

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Depuis le début de la crise, des milliers de jeunes espagnols ont fait leurs bagages dans l’espoir de trouver du travail à l’étranger. Parmi les principales destinations figure Berlin, nouvel Eldorado, où près de 50 000 employés espagnols étaient enregistrés en 2013…

JOL Press: Quelles sont les principales difficultés et injustices auxquelles sont confrontés les travailleurs espagnols à Berlin?

Miguel Sanz Alcántara: Les problèmes des employés espagnols sont les mêmes que ceux rencontrés par les travailleurs d’Europe du Sud – Grèce, Portugal, Italie – : à savoir de nombreuses difficultés administratives, des difficultés pour trouver un appartement ou une chambre.

Au travail, nous sommes souvent victimes de discrimination. Bien que de nombreux travailleurs qualifiés trouvent un emploi rapidement, avec des salaires beaucoup plus élevés qu’en Espagne, une grande proportion de travailleurs passe de longues périodes en occupant des emplois précaires bien en dessous de leurs compétences, avec un bas salaire ou avec des contrats à temps partiel.

Une fois que l’on a trouvé un emploi, il est très fréquent que les salaires et les conditions de travail – horaires, pauses, vacances, congés maladie – ne soient pas équilaventes à celles dont bénéficient les travailleurs allemands, qui occupent pourtant le même poste.

JOL Press: Comment le « Grupo de Acción Sindical » (GAS) aide-t-il les travailleurs espagnols?

Miguel Sanz Alcántara: Nous les aidons à entrer en contact avec d’autres Espagnols qui se trouvent dans la même situation. Nous les poussons également à participer à des réunions et à des assemblées, à contacter des syndicats allemands, et leur fournissons des conseils juridiques. Nous les aidons aussi à contacter les dirigeants d’entreprise, et essayons d’obtenir le soutien des médias.

JOL Press: Depuis le début de la crise en Espagne, de nombreuses organisations ont vu le jour pour défendre les droits des travailleurs précaires, à l’image du « bureau précaire » – « Oficina Precaria ». Sont-elles devenues indispensables dans la vie des Espagnols aujourd’hui?

Miguel Sanz Alcántara: Effectivement, le mouvement des Indignés – dit du 15M – a donné naissance à de nombreuses structures de soutien pour les exilés de la crise en Espagne. Les plus connus sont les « bureaux précaires » basés à Londres, Leipzig et Bruxelles. Mais à part GAS, aucune structure n’est dédiée uniquement au soutien au niveau syndical dans les entreprises.

L’organisation au niveau syndicale est évidemment indispensable. Les entreprises d’ Europe centrale et d’Europe du Nord tirent de nombreux avantages de l’immigration : l’employé travaille souvent dans des conditions moins bonnes et n’est généralement pas protégé par les syndicats.

Le problème majeur est que les syndicats des pays dans lesquels les Espagnols émigrent ont généralement une capacité très limitée pour aider les employés étrangers. C’est pourquoi l’action du GAS s’avère si importante. Nous prônons un nouveau modèle d’action collective en mettant en contact les employés étrangers entre eux, et en s’activant au sein de syndicat pour ainsi accéder au même niveau de protection que les employés natifs du pays.

JOL Press: On qualifie souvent de « génération perdue » pour qualifier la situation catastrophique dans laquelle se trouvent les jeunes espagnols aujourd’hui : êtes-vous d’accord avec cette formule?

Miguel Sanz Alcántara: Cette « génération perdue », au niveau professionnel, est celle qui participait activement au mouvement 15M il y a trois ans, en exigeant plus de démocratie et en demandant à ce que la facture de la crise ne soit pas payée par les citoyens lambda. Ce mouvement a un énorme impact sur le paysage politique et institutionnel de l’État espagnol. Cette « génération perdue » dont on parle, est la plus formée de toute l’histoire espagnole et enregistre des niveaux de participation civile, sociale et politique très importants.

Le terme « génération perdue » peut donc faire sens en termes économiques – beaucoup d’Espagnols ont fait leurs bagages pour survivre, ou sont au chômage – mais pas dans les domaines culturels, sociaux et politiques. Cette génération est la génération la plus active et la plus consciente de ces 40 dernières années.

JOL Press: Comme vous, des milliers de jeunes espagnols ont quitté leur pays pour trouver du travail à l’étranger. Selon vous, c’est un exil forcé?

Miguel Sanz Alcántara: Absolument. Nous ne partons pas de notre pays parce que nous le souhaitons. Nous partons parce que nous ne trouvons pas de travail et nous n’avons aucune perspective d’avenir. J’ai par exemple un diplôme en sciences de l’environnement. J’ai une expérience de plus de cinq ans dans l’industrie. En Espagne, j’avais un emploi et un salaire élevé jusqu’à ce que la crise éclate. Des centaines de milliers de jeunes espagnols sont dans mon cas. Nous sommes des exilés économiques. Depuis le grand mouvement social du 15M, la majorité de la population a compris que la crise n’était pas de notre faute et que cette vague d’émigration massive est une conséquence du manque de démocratie qui nous a conduits là où nous sommes.

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